À toi, mon fils unique….

Tu me demandes un frère depuis un moment déjà. Et chaque fois que tu me le demandes, mon cœur se serre. Si tu savais à quel point j’aimerais pouvoir te donner un frère. Mais maman et papa ne peuvent pas.

On ne peut pas, car papa a la fibrose kystique et c’est impossible de faire des enfants naturellement, même si on le voudrait bien. Tout ce que tu sais de cette maladie, c’est que papa doit prendre des médicaments. Le reste, ça ne se voit pas vraiment.

À chaque semaine, je me fais demander si on aimerait avoir un autre enfant. La réponse est oui, mais tout de suite, je dois répondre que malheureusement, on a essayé et ça n’a pas fonctionné. Je ne veux pas froisser les gens, mais c’est la vérité. Les gens ne pensent pas toujours quand ils posent cette question. On ne sait pas ce que les gens vivent. Et puis, ils s’excusent.


Jusqu’à maintenant, on arrivait à bien vivre avec le fait d’être une famille de 3. Mais un samedi après-midi, j’ai compris que ce ne serait pas si facile de l’accepter.

On s’assoit à la table et on mange notre dîner en famille. Tu nous regardes et nous dis “quand vous serez au ciel, moi je serai tout seul ici”. Papa et moi on se regarde, on voit les larmes couler sur chacune de nos joues. Ce jour est arrivé. Ce jour où tu comprendrais que tu serais un enfant unique. Ce jour où tu nous poserais des questions et qu’on ne saurait comment t’expliquer que la vie n’est pas toujours comme on le pense. Ce jour où je me sentirais coupable de ne pas avoir pu t’offrir ce que tu souhaitais plus que tout au monde.

Je sais que tu aimerais un frère, que tes amis en ont un et que pour toi ça semble simple mais ce ne l’est pas toujours mon cœur. Des gens ont des enfants sans en vouloir et d’autres en voudraient, mais ne sont pas capables d’en avoir. Je sais, la vie est mal faite parfois.

Pour t’avoir mon chéri, nous avons dû faire des traitements de fertilités pendant plusieurs années. Des examens, des échographies, des prises de sang, des injections, des prises de médicaments, des ponctions, des transferts, des échecs, des tests de grossesse négatifs et j’en passe. Je me souviens encore de l’endroit exact où nous étions les 4 fois ou nous avons eu ce fameux appel. Celui qu’on attend pour savoir si le transfert a fonctionné. Je réponds, ton père et moi on se regarde dans les yeux. Je le sens dans la voix de l’infirmière que c’est négatif. Ton père ne l’entend pas lui, mais il voit mes yeux. Il voit ma peine, je n’ai pas besoin de parler, il le sait.

On a toujours voulu avoir 2 enfants. En fait, probablement pas les premiers mois qui ont suivi ta naissance, mais en ayant chacun un frère ou une sœur on savait qu’on aimerait avoir 2 enfants. Mais le vouloir n’est pas suffisant parfois. On pense avoir fait le deuil, mais ce n’est jamais vraiment terminé dans notre cœur. Dans notre tête, on le sait que la raison doit l’emporter et que la vie doit continuer, mais mon cœur est encore fragile.

Je sais que tu ne seras jamais seul. Que tu auras des amis, une conjointe, des cousins et des collègues. Mais je ne peux m’empêcher de t’imaginer plus vieux nous pleurer et de te sentir seul…malgré tout.

Je les vois ces familles de plus de 2 enfants, je les trouvent tellement beaux. Je nous trouve beaux aussi, mais tu comprends ce que je veux dire. J’aimerais que tu puisses avoir quelqu’un avec qui jouer, rire, dormir, te chicaner, te réconcilier et tout ce que des frères partagent. Ce ne sera pas cette vie que tu auras. Mais je te promets qu’elle sera remplie de tendresse, de câlins, de découvertes, de voyages et d’amour. Beaucoup d’amour.

J’espère que plus tard, tu comprendras à quel point on a tout essayé, vraiment tout.

Je t’aime mon fils, mon unique fils

Maman xxx

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