Quand les blues te frappent

Mon enfant, je le voulais plus que tout au monde.
Jy ai réfléchi, je l’ai désiré et j’ai travaillé fort pour l’avoir.
Les blues par contre, je ne les ai pas désirés. Ils sont arrivés 3 jours après la naissance de Logan. Ils sont débarqués chez moi sans cogner à la porte. Bang. Je pleurais pour rien, je ne voulais pas être seule, j’angoissais dès qu’il commençait à faire noir et je ne voulais voir personne. Seulement mon chum et mes parents.
Je regardais mon fils dans sa balançoire et je me disais « depuis son arrivée, je ne peux plus écouter Occupation double ». Il avait chamboulé notre vie. Nous étions 2 depuis 8 ans et il fallait maintenant qu’on s’habitue à notre vie à 3.
Crédit photo : Mélanie Lauzon Photography
 
Il faut dire que j’ai accouché 1 mois plus tôt. C’est un choc en soi. J’ai juste eu le temps de préparer des lasagnes au poulet et un pain aux bananes. Moi qui pensais avoir quelques semaines pour me reposer à la maison et me préparer à la venue de mon bébé miracle.
Quand on est sorti de l’hôpital, c’était une belle journée ensoleillée de septembre. On est arrivés à la maison et on a installé fiston dans son lit. On n’avait même pas eu le temps d’acheter un moniteur. On se levait sans cesse pour s’assurer qu’il était correct. On dormait à peine. J’avais décidé d’allaiter, mais comme il est né prématurément, je n’ai pas pu le faire à l’hôpital vraiment. Je devais donc apprivoiser ce moment avec lui.
Puis le lendemain de notre retour à la maison, j’ai senti ce vide. Ce sentiment qu’on refuse d’admettre. Je ne pensais pas que ça pouvait m’arriver. Moi la fille qui a fait des traitements de fertilité pendant des années. Qui a toujours voulu avoir des enfants. La fille qui fait rire toutes ses amies avec ses anecdotes. 
J’en ai parlé avec mon chum. Je lui ai expliqué comment je me sentais. Que même s’il était dans la maison avec moi, je me sentais seule. 
Je lui avais dit de prendre seulement 2 semaines de congé. De garder son congé parental pour l’été suivant. Je me souviens lui avoir dit « Qu’est-ce que tu veux faire de plus à la maison? Me regarder allaiter ? ». Je lui ai finalement demandé de prendre ses 5 semaines tout de suite. J’avais besoin de support. Besoin qu’il soit là pour me réconforter. Pour m’écouter radoter les mêmes histoires 10x par jour. J’avais besoin qu’on soit 3. 
Par la suite, j’ai décidé d’en parler sur un groupe de soutien pour femmes qui ont fait des traitements de fertilité et j’ai vu que je n’étais pas seule. J’ai donc écrit à des amies qui ont eu des enfants avant moi et je me suis rendu compte que finalement, c’était commun.
Ce n’est pas le genre de chose que ton amie va te dire quand tu apprends que tu es enceinte. On ne veut pas les effrayer. C’est tabou. C’est censé être un moment heureux. On doit toutes tomber en amour avec notre enfant et rayonner de bonheur. Mais ce n’est pas toujours le cas.
Je recevais des dizaines de messages de félicitations et on me demandait quand on allait pouvoir venir nous visiter. Non. Pas tout de suite. Je n’ai pas la force pour ça. J’ai du faire preuve de courage et admettre que j’étais fatigué et que pour l’instant je ne pouvais pas recevoir personne. Que quand j’irais mieux, je leur ferais signe.
Crédit photo : Mélanie Lauzon Photography
Heureusement, ma mère est venue coucher à la maison pendant 1 mois. 1 long mois. Elle allait travailler le jour, soupait parfois avec mon père en vitesse à la maison et arrivait chez moi en pyjama. Je l’imagine encore arriver avec son petit sac. Elle montait tout de suite dans « sa » chambre déposer ses choses. Elle y a fait son nid pendant 1 mois au côté de la chambre de son premier petit-fils. Je ne pourrai jamais assez la remercier. Ce support m’a sauvé la vie. Je sais qu’elle était fatiguée. Je sais qu’elle s’ennuyait de mon père et de son chez elle. Elle l’a fait avec son coeur de mère.
Je me souviens encore d’un soir ou mon père est arrivé à la maison avec des billets de loterie. Il me les a remis et il m’a dit « tiens toune, je t’ai acheté des gratteux. Ça va bien aller ». On a ri. Dans son coeur à lui, il ne comprenait pas vraiment pourquoi je n’allais pas bien. Il pensait que ça partirait en grattant un bingo à 2$. Maintenant, je sais que c’était sa façon de me dire « Je t’aime ». Il voulait me changer les idées. 
Cet épisode a duré 10 jours en tout. Je me souviens de la première journée ou je n’ai pas pleuré. Pour moi, ce fut ça ma victoire. 
Mon fils a fait de moi une maman plus forte et plus à l’écoute d’elle. Une maman qui a su prendre soin d’elle pour être en mesure de prendre soin de lui à mon tour.
La maternité, c’est rempli d’étapes importantes et marquantes qui restent gravées dans notre mémoire à jamais. Celle-ci en fait partie. Quand j’y repense, je me revois il y a 4 ans sur mon lit pleurer toutes les larmes de mon corps. Je me revois aussi sourire et passer ma première journée seule avec lui alors que papa retournait travailler. 
Comme m’a mère m’a toujours dit, laisse le temps au temps de faire son temps…..

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